icon-hamburger-dark
Donner

L’ agriculture

« Il y a une volatilité infernale, des prix devenus irrationnels, c’est le devoir de l’Europe de protéger son agriculture face à cela. Je veux une PAC au budget préservé et un système de subventions contra-cycliques de garantie sur les prix ou le chiffre d’affaires. C’est indispensable »

Accédez à la synthèse de cet article

Partagez cet article

Diagnostic

Un secteur exportateur qui se stabilise

« On nous parle volontiers des Airbus mais on oublie que notre agriculture et notre agro-alimentaire, c’est notre fierté à l’export, c’est une vraie réussite ». Si la réussite du secteur agricole à l’export est indéniable puisque celui-ci contribue à hauteur de 16Mds€ à nos exportations, l’agriculture reste un secteur en souffrance qui n’a cessé de détruire des emplois en plus d’un demi-siècle.

En 2015, un tiers des agriculteurs touchait moins de 350 euros par mois. Le nombre d’exploitations agricoles continue de se réduire rapidement, à 450 000 aujourd’hui (-8% en trois ans), sans baisse de la surface cultivée, ce qui traduit une concentration des exploitations. En revanche, la production du secteur reste stable à 74 Mds€, ainsi que les subventions à hauteur de 10 Mds€, sans changement depuis dix ans.

De multiples menaces pèsent sur le métier d’agriculteur

Dans ce contexte, « les années dernières ont été difficiles, 2015 et 2016 ont été marquées par des crises profondes, la crise du marché, la crise du lait, des crises sanitaires, comme la grippe aviaire dans le secteur des canards à foie gras, des crises climatiques aussi, le gel qui a touché le vignoble bourguignon, les mauvaises récoltes qui ont touché nombre de céréaliers ». Ces multiples crises conjoncturelles créent des situations humaines profondément dramatiques et généralisent l’insécurité et le stress dans le monde agricole.

Dans le même temps, les règles de l’Union Européenne laissent se créer des injustices concurrentielles qui relèvent du dumping social et alimentent la colère : « Il n’est pas normal que des travailleurs détachés des pays de l’Est peuplent les abattoirs allemands, alors qu’ils sont payés quatre euros de l’heure avant la mise en place d’un salaire minimum ».

L’Etat ne joue pas son rôle de stratège accompagnant les agriculteurs dans les évolutions de la Politique Agricole Commune : « Nous avons parfois mal négocié collectivement, de droite et de gauche, les transitions, on avait mal préparé la dérégulation, on avait mal préparé la sortie des quotas, on avait mal modernisé nos structures, et donc oui, la dérégulation européenne nous en avons été victimes et c’est cela que nous devons corriger ». A l’inverse, les lourdeurs administratives qui se multiplient constituent un poids pour les petites structures.

Action

Principes

Face à ce constat, il convient tout d’abord de rappeler les trois enjeux fondamentaux de la politique agricole. Le premier est celui de la reconquête de l’ambition pour les territoires : « Il y a une relève qui est là, qui veut aller de l’avant (…). Elle est fière. C’est une part vibrante de nos territoires et de notre économie, qui veut réussir et aller de l’avant, et nous devons l’accompagner ». Le second enjeu est celui de notre souveraineté alimentaire, de garantir à la fois notre alimentation, sa qualité et sa différence. Le troisième est celui de la mise en culture de notre pays : « Qui fait que notre pays n’est plus une jungle impropre ou une forêt inféconde ? Nos paysans ». « C’est un beau mot, «paysan ». Parce que oui, nos paysans, font nos paysages, ils font nos pays, ils transforment la France ».

Pour répondre à ces enjeux, « Nous devons construire un nouveau pacte entre la société et le monde agricole pour permettre au plus grand nombre d’accéder à une alimentation de qualité, à des prix accessibles, mais qui garantissent un revenu décent aux agriculteurs ».

Ce pacte s’appuiera sur trois piliers :

Le premier, « c’est de pouvoir vivre dignement de son travail ». Cette dignité passe non pas par des aides, mais par « le juste prix pour les produits ». Ce juste prix sera atteint par une réorganisation de la filière permettant aux agriculteurs de s’organiser face aux centrales d’achats et par une politique valorisant les circuits courts permettant de contourner le secteur de la grande distribution. Cette politique se fera sans porter atteinte à la position exportatrice du secteur agricole sur les marchés internationaux, dont une partie est dominée par les produits à bas coûts. Enfin, la multi activité sera encouragée et l’impact environnemental de l’agriculture sera valorisé.

Le second pilier consistera en une revue des normes qui s’appliquent aux exploitations. En moyenne, en France, les exploitations emploient deux personnes. Les normes auxquelles elles font face leurs prennent trop de temps. Elles seront revues et simplifiées et les relations avec l’administration améliorées par la création d’un droit à l’erreur.

Le troisième pilier, c’est l’Europe. Une renégociation urgente des règles de détachement des travailleurs doit avoir lieu et la PAC doit être réorientée vers des aides contra-cycliques pour mettre fin aux crises qui touchent trop souvent les différentes activités agricoles.

Propositions

Premier pilier : vivre dignement

Ré organiser la filière pour mieux répartir la valeur ajoutée

Sur les circuits longs, du fait de l’asymétrie entre la multitude d’exploitations et le très faible nombre de centrales d’achats, ces dernières ont à l’heure actuelle, un pouvoir de négociation exorbitant qui leur permet de faire pression sur les prix. Cette situation contribue à ce que la valeur ajoutée soit captée par le secteur de la distribution au détriment du secteur agricole. Emmanuel Macron veut réorganiser la filière par la mise en place « d’organisations de producteurs aux pouvoirs renforcés ». « Leur création doit être simplifiée et encouragée, et lorsqu’une association d’organisations de producteurs existera, l’industriel ou la centrale d’achat sera dans l’obligation de négocier directement avec elle ».

Valoriser les circuits-courts respectueux de l’environnement

Un autre moyen d’échapper au circuit de grande distribution sera la valorisation des circuits courts, qui passent à la fois par une internalisation dans les exploitations de l’activité de transformation des produits et par la mise en vente des produits sur les marchés locaux.

Pour obtenir ces résultats, Emmanuel Macron lancera un Programme d’Investissement d’Avenir Agricole sur la période 2017-2022. L’accès à ces financements sera réservé à des projets de développement d’activités de transformation et de distribution qui privilégieront notamment les circuits-courts, ainsi qu’à des projets de modernisation des exploitations ayant un impact positif sur l’environnement ou le bien-être animal. Les projets coopératifs seront privilégiés.

Valoriser l’impact environnemental et la multi-activité

« Dans les missions de l’agriculture du XXIe siècle il y aura aussi celle d’accompagner cette transformation environnementale et énergétique, celle de produire de l’énergie par la mécanisation, par la biomasse, parfois par l’éolien, et par des services environnementaux indispensables à nos territoires et à nos paysages ».

Le rôle de l’état sera d’accompagner les agriculteurs dans cette transition vers une agriculture plus respectueuse de l’environnement et vers une multi activité qui les rendra plus indépendants des fluctuations de prix, ainsi qu’on le voit déjà en Allemagne.

Emmanuel Macron propose de consacrer 200 millions d’euros par an pour rémunérer les services environnementaux rendus par les agriculteurs, à travers la création d’un système de paiement pour services environnementaux (PSE).

Second pilier : simplifier les normes

La simplification administrative

Le projet de simplification administrative consiste en premier lieu à « revoir toutes les normes inutiles dans les cinq années à venir, porter un projet de révision de tout ce qui a, jusqu’alors, été sur-transposé pour le supprimer, porter un projet de simplification normative dans le champ de l’agriculture qui est absolument indispensable ».

Le droit à l’erreur face à l’administration

En second lieu, Emmanuel Macron souhaite appliquer à l’agriculture sa politique générale de réorientation de l’activité de l’administration vers un rôle moins punitif et de plus de conseil. Cette politique passe notamment par la création d’un droit à l’erreur qui ouvre la possibilité lorsqu’on est contrôlé pour la première fois et qu’on a commis une infraction qui ne met pas en danger la vie d’autrui d’être conseillé par l’administration plutôt que puni.

Troisième pilier : l’Europe et la PAC

L’Europe

Sur le plan européen, Emmanuel Macron s’engagera pour une Europe qui se concentre sur l’essentiel et qui produit moins de directives. L’essentiel, c’est notamment de « défendre une harmonisation vers le haut des normes sociales et environnementales ». Dans ce sens, face à la concurrence injuste sur le coût du travail, Emmanuel Macron s’y engage personnellement : « je mènerai à son terme une réforme de la directive sur le travail détaché ».

La Politique Agricole Commune

Enfin, la Politique Agricole Commune doit être réformée afin d’agir en régulation des crises conjoncturelles du secteur. Voilà pourquoi Emmanuel Macron propose la création, dans le cadre d’une PAC au budget préservé, d’un système de subventions qui devra augmenter les aides en temps de crise afin de protéger les revenus des agriculteurs de la volatilité des prix agricoles : « Je veux, dès mai 2017, dans le cadre des négociations pour la PAC 2021, que la France propose la création, dans le cadre du premier pilier et d’une PAC au budget préservé, d’un système de subventions contra-cyclique de garantie sur les prix ou le chiffre d’affaires. C’est indispensable ».

Article suivant

Partagez cet article

Fermer

Retrouvez ici, très bientôt, la synthèse de cet article.