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Donner

La robotisation de l’économie

"La France a raté la vague d'investissements qui a été celle de la robotisation, pourtant, le robot n'est pas l'ennemi de l'emploi, c'est une vieille lubie et une fausse idée."

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Diagnostic

Un retard certain…

A partir des années 1990, la France a considéré « qu’il ne devait plus y avoir de politique industrielle ». Alors que la mondialisation des échanges commerciaux imposait une adaptation de son appareil productif, la France n’a pas su « moderniser son outil industriel ». La robotique incarne ce virage mal négocié. « La France a raté la vague d’investissements qui a été celle de la robotisation ». Aujourd’hui, le manque de coopération entre la recherche et l’industrie, des outils de production obsolètes et un manque de compétitivité sont les marqueurs d’un retard certain.

Ce « retard d’investissement productif » explique que la France ne fait pas partie des grands fabricants de robots. Elle ne détient que 2,4% des robots industriels utilisés dans le monde, et leurs ventes en France ont chuté de 27% en 2013. « On se retrouve aujourd’hui avec cinq fois moins de robots en France qu’en Allemagne, deux fois moins qu’en Italie », et dix fois moins qu’au Japon.

…expliqué par la peur…

Au contraire de l’Allemagne et de l’Asie, qui n’ont pas craint d’aborder ce tournant, c’est avec « peur » que la France l’a appréhendé, cédant à l’immobilisme. « Il est évident qu’un ouvrier, qui est dans une usine, qui découpe une pièce, par exemple dans l’aéronautique ou la voiture, s’il sait qu’il y a une machine ou une imprimante 3D qui va le faire beaucoup plus vite, il peut avoir peur ». S’il est clair que l’ouvrier « ne sera pas compétitif face à cette machine », il doit néanmoins être rassuré car « le robot n’est pas l’ennemi de l’emploi, c’est une vieille lubie et une fausse idée ».

…et sanctionné par les résultats.

Ce refus d’investir a-t-il été bénéfique ? « Non, parce que la première décennie des années 2000 a montré l’effondrement de l’emploi industriel en France », accompagné d’une compétitivité réduite. La stratégie de l’Allemagne, qui « s’est énormément robotisée » et qui a « investi dans l’outil productif », démontre que « la robotique préserve l’emploi, voire en crée ». Aujourd’hui, « son taux de chômage est bien plus intéressant que le nôtre. C’est aussi grâce à l’automatisation ». L’exemple coréen est aussi frappant : « un plan national fort a permis de passer en dix ans de 50 sociétés de robotique à plus de 400. Le nombre d’emplois dédiés à la robotique est passé de 3 500 à 11 500 ».

Action

Principes

Une renaissance industrielle

La priorité, « c’est d’accélérer la renaissance industrielle de notre pays ». Pour ce faire, la robotisation ne déroge pas à la règle : « la première clé pour réussir, c’est l’investissement », qui permettra de combler le retard de la France et de rester compétitif. Aujourd’hui, « ne pas avoir de robot, c’est se condamner à ne pas se battre sur certaines tâches ». A contrario, bénéficier d’un « outil industriel moderne », et d’une automatisation accrue, c’est se donner les moyens d’être plus productif, mais aussi « d’inventer de nouveaux usages », de créer de « nouveaux business models ».

Au-delà des peurs

Il est normal d’appréhender le changement, mais il ne faut pas y renoncer. « Comme tous les changements cela peut faire peur, mais on mentirait à nos concitoyens si on leur disait : “On va vous protéger de cela” ». Face à la mondialisation, l’adaptation reste la meilleure solution : « La mer peut faire peur, et donc on doit la prendre, mais on ne changera pas la mer, on doit simplement adapter l’embarcation ». D’ailleurs, les rares exemples français le prouvent. Au sein de l’usine Daher, la « robotisation massive permet d’être compétitif sur les ailes d’avion, qui seraient sinon moins chères à produire en Turquie, au Maghreb ou en Asie ». Il faut donc aborder la robotisation « non pas comme une crainte, mais comme une opportunité, comme une chance ». Et « la condition, c’est que chacune et chacun y trouve sa place ».

L’homme et le robot, un duo gagnant

Le robot reste dépendant de l’humain. L’ouvrier doit être formé pour le gérer : « si on le forme, ce qui est tout à fait faisable, et je l’ai vu faire, ça prend 2 mois, parfois 6 mois, si on lui apprend à programmer la machine, à vérifier son travail, il aura un métier, moins pénible, à plus grande valeur ajoutée, moins répétitif, et donc tout le monde peut en sortir gagnant ». Toute robotisation doit donc « se doubler d’un investissement dans l’homme ». Pour ce faire, seule une approche intégrée avec l’ensemble des acteurs de la formation et un accompagnement des chefs d’entreprise permettra de relever ce challenge.

Propositions

Entrer dans l’Industrie du futur

Nommé Ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique, Emmanuel Macron lance le 18 avril 2015 la deuxième phase de la Nouvelle France Industrielle (NFI), qu’il baptise « Industrie du futur ». L’objectif est de « moderniser notre appareil productif et d’accompagner nos entreprises industrielles dans la transformation de leurs modèles d’affaires, de leur organisation, de leurs modes de conception et de commercialisation ». Au total, 5 milliards d’euros permettront de soutenir 1 000 projets innovants sous forme d’aides publiques et d’accompagnement personnalisé. Parmi les cinq piliers de l’Industrie du futur, on trouve le développement de l’offre technologique. Ce pilier compte parmi ses priorités d’action l’automatique et la robotique.

Investir et former pour robotiser

Des programmes d’accompagnement vont soutenir 2 000 entreprises d’ici fin 2016. « Ce projet va chercher les PME et ETI chez elles, pour robotiser, digitaliser, revoir les organisations, les aider aussi à inventer ». Ces entreprises « bénéficient de diagnostics personnalisés réalisés par des experts ». Cela permet aux chefs d’entreprise de mieux connaître les technologies disponibles, et de « réinventer leur modèle économique ».

Des prêts et des dispositifs fiscaux d’aide à l’investissement (suramortissement et amortissement accéléré) apportent le soutien nécessaire à la modernisation des outils de production. Une enveloppe de 1,2 Md€ a été mobilisée et 851 prêts ont déjà été accordés. La formation des prochaines générations aux nouveaux métiers est aussi essentielle. « Elle accompagne la présence accrue du numérique et de la robotisation dans l’industrie, indispensables pour la compétitivité des entreprises et la création d’emplois en France ».

Parmi les exemples déjà en place figure Ventana, entreprise spécialisée dans la production de pièces métalliques pour l’aéronautique qui a reçu 4,5 M€ sous forme de prêts pour ses usines de production (système d’information, numérisation, robotisation). Autre avancée concrète, le lancement du fonds public-privé « Robolution », doté de 80 M€, et destiné à soutenir la croissance des startups françaises de la robotique. Enfin, d’ici fin 2016 sera diffusé auprès des entreprises un catalogue de l’offre technologique française en matière de modernisation des sites de production.

Devenir leader dans le numérique

Les actions déployées en faveur de la robotisation doivent permettre de combler le retard qu’accuse la France, mais aussi de tirer les leçons du passé pour relever le défi d’aujourd’hui, celui du numérique. « La France a manqué le tournant de la robotisation. Elle doit prendre la première place dans la digitalisation ». C’est aussi pourquoi « le déploiement de la fibre dans l’ensemble du territoire » doit être une priorité absolue. 

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