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Donner

Promouvoir le risque face à la rente

« Rééquilibrer le couple risque-rente, c'est donner plus de place aux outsiders par rapport aux insiders. »

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Diagnostic

Une « grande transformation » …

Le monde dans lequel nous évoluons n’est plus celui des Trente Glorieuses : « Notre économie, notre modèle productif, a laissé́ place à la grande transformation ». Cette grande transformation est fondamentalement porteuse de nouvelles opportunités économiques car elle repose sur une dynamique nouvelle, celle de l’innovation accélérée et dématérialisée – mais elle est aussi légitimement perçue par beaucoup de Français comme un facteur d’instabilité, voire d’insécurité. La numérisation et l’automatisation élargissent le monde des possibles et bousculent nos anciens schémas économiques en valorisant la disruption et l’innovation comme principaux relais de croissance. Une troisième révolution industrielle est en marche.

… Source d’inégalités et de peurs

« La grande transformation crée de nouvelles inégalités ». Les nouvelles formes d’activité auxquelles elle donne naissance accélèrent la métropolisation et la concentration des activités au détriment de certains territoires laissés en marge de la mondialisation. Elle renforce certaines inégalités sociales « en créant des risques de désœuvrement dans des secteurs d’activité́ ou des secteurs de qualification ». L’automatisation des emplois « routiniers » affecte l’activité de ce qui constituait la « grande classe moyenne » idéale des années 1980. Parallèlement, la digitalisation accroît la concentration de la valeur ajoutée. Cette grande transformation « alimente alors des peurs et ces peurs sont légitimes ».

La rente, un frein français à l’adaptation économique et à la justice sociale

La peur du changement ne doit pas empêcher de voir dans cette transformation une opportunité. Le contraire reviendrait à valoriser le repli sur la rente.

Le phénomène de rente se matérialise en la garantie de pouvoir tirer des revenus de la possession d’un actif rare. Ainsi, il peut s’agir de biens, comme par exemple, les matières premières ou l’immobilier. Mais aussi, il peut s’agir d’une rente dite « de situation ». C’est le cas de certains secteurs qui bénéficient de règles protectrices. Celles-ci sont autant de barrières afin de conserver des coûts d’accès à leur marché artificiellement élevés souvent au détriment du consommateurs et de l’innovation. Autre forme de rente : les brevets industriels qui valorisent excessivement un droit de propriété par rapport au risque pris initialement. Si certaines rentes temporaires récompensant un effort d’innovation sont justifiées, elles ne doivent pas empêcher le renouvellement, voire la réinvention, des produits et services.

La multiplication des réglementations publiques protégeant la rente des intérêts corporatistes en France ne trouve souvent d’explication que par l’existence même de ces ordres. Concrètement, ces rentes déforment la distribution des revenus au profit d’« insiders » sans venir rémunérer un risque pris ni un mérite propre.

Sur le plus long terme, elles freinent l’adaptation de l’économie et augmentent le chômage en bloquant l’innovation et l’accès des « outsiders » au marché « Dans les secteurs où la rente est forte, l’insider est protégé et n’est jamais incité à innover », « ces secteurs sont bloqués et ils demeurent injustement fermés : il est très difficile pour les outsiders d’y entrer ».

Action

Principes

Notre responsabilité́ aujourd’hui est de « mieux organiser les choses, mais au réel et pas au nom simplement de grands principes ». L’enjeu est de faire réussir la France dans la mondialisation, mais « en préservant nos valeurs, c’est-à-dire nos préférences collectives ».

Favoriser la prise de risque au détriment de la rente

L’innovation étant devenue le principal moteur de la croissance, il faut valoriser et récompenser la prise de risques car « nous vivons plus que jamais dans des économies corporatistes, où la part des rentes reste très forte ». Donner plus de place aux « outsiders » qu’aux « insiders » devient ainsi une nécessité. En effet, « celui à qui le risque peut profiter, c’est justement celui qui, au départ, n’a rien, ne possède rien, si ce n’est son énergie et son envie, sa volonté d’entrer dans un nouveau marché en innovant ». Au contraire, « l’insider » qui est protégé́ dans un secteur où la rente est forte n’est jamais incité à innover.

Penser une nouvelle politique de financement de l’innovation

Le modèle de financement bancaire et centralisé de la France a été́ conçu pour une économie de rattrapage planifiée et orientée vers les grands projets. Aujourd’hui, ce modèle « souffre par conséquent d’un énorme handicap par rapport à des économies étrangères », « où l’allocation de capital se fait différemment, et où la capacité à lever beaucoup de fonds propres très vite est forte ». Suite à la crise financière et aux différentes réglementations bancaires, ce modèle ne permet pas de financer adéquatement l’innovation. Le développement du capital-risque (fonds de pension à la française, business angels) est encore insuffisant, alors qu’« En France, on a des concurrents [à Uber] qui sont très crédibles – LeCab, Chauffeur-privé, etc. –, mais ils ont levé quelques dizaines de millions d’euros. » Il est donc nécessaire d’ajuster notre modèle de financement des entreprises innovantes pour une meilleure croissance économique.

Ouvrir notre système

L’accumulation de « barrières réglementaires injustifiées » créatrices de « rentes illégitimes », c’est-à-dire de « rentes qui ne sont pas des rentes d’innovation, mais des rentes de situation » « renforce la brutalité́ des mutations inévitables ». L’arrivée non anticipée d’Uber a bouleversé le marché des taxis dont la réglementation a été de fait remise en question. Lever les régulations illégitimes permettra d’ouvrir le marché du travail à ceux qui n’ont pas le capital social ou financier suffisant pour accéder à un marché trop réglementé, en dépit de leurs compétences.

Propositions

Libérer la concurrence et réguler

Emmanuel Macron adhère « à la politique de la concurrence comme un instrument de la liberté́ et de l’égalité́ ». Mais il n’y a de bonne concurrence que s’il y a une politique de la concurrence qui ne favorise pas l’émergence d’entreprises hégémoniques détentrices de rentes liées à l’effet réseau, à l’image des GAFA. Une régulation européenne commune ainsi que la création d’un marché́ unique du numérique pourront contribuer à faire émerger les entreprises numériques de demain. À cette fin, des réformes de simplification, d’ouverture des données et de financement de la croissance sont inévitables.

Concernant le financement de l’innovation, Emmanuel Macron préconise l’accès rapide et massif aux fonds propres qui pourrait être développé via « le capital-risque européen dans le cadre du plan Juncker » et l’ajustement, « lorsque cela est possible, des réglementations comme Solvabilité́ II ».

Repenser la fiscalité du capital

L’impôt sur la fortune, par exemple, pénalise ceux qui ont réussi et qui veulent investir dans des entreprises innovantes. Dès lors, « la fiscalité́ du capital est aujourd’hui inadaptée » : « la taxation sur les successions est préférable aux impôts de type ISF » dans la mesure où l’héritage ne rend pas compte du risque et du mérite, contrairement à l’accumulation du capital par le travail. De la même façon, l’exit tax, qui taxe les plus-values des contribuables qui transfèrent leur résidence fiscale hors de France pousse « les jeunes à créer leur entreprise à l’étranger dès l’origine ». Il est urgent « d’attirer et de savoir garder chez nous des talents internationaux ».

Repenser les protections de notre système

Demain, chacune et chacun sera amené(e) à changer régulièrement de statut ou d’employeur. Cela suppose, d’une part, d’assurer suffisamment de flexibilité pour adapter les métiers aux besoins de l’activité. Cela suppose, d’autre part, de garantir des sécurités individuelles afin d’assurer l’égalité des opportunités et d’inciter à la prise de risques. Le défi est de « penser les appareils de formation et d’accompagnement pour que les individus puissent progresser continûment, tout au long de leur vie, et connaitre ainsi une mobilité́ sociale et économique ».

Il s’agit aussi de « permettre aux individus de rebondir plus facilement lorsqu’ils échouent ou ont des accidents de la vie ». Encourager la prise de risque, c’est « réduire le coût de l’échec ». La loi croissance, dite « loi Macron », prévoit ainsi de supprimer l’indicateur 040 du Fichier bancaire des entreprises (FIBEN), parce qu’il stigmatisait les entrepreneurs ayant connu un dépôt de bilan. Cette loi empêche également que le logement d’un entrepreneur qui échoue soit saisi par défaut.

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