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Donner

Repenser l’Ecole

« Le système français a réussi sur le plan éducatif, il a réussi en étant un système de masse qui a amené des classes d'âges entières à l'éducation primaire puis à l'éducation secondaire ». Cependant, « il ne sait pas lutter contre l'échec ».

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Diagnostic

L’école, miroir des inégalités sociales

Le constat est sans appel : « Notre système scolaire reste très inégalitaire ». En effet, « la réussite scolaire dépend de l’endroit où on est né et de la richesse de nos parents ».

Depuis les études menées par Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron dans les années 1960-1970, nous savons que l’école reproduit les inégalités sociales en exerçant une forme de violence symbolique sur les classes sociales défavorisées. Et cela perdure.

Selon une note de la Conférence des Grandes écoles de 2005, les enfants de cadres supérieurs et des professions intellectuelles représentent 60% des élèves des grandes écoles d’ingénieurs et 68% des élèves des grandes écoles de commerce alors que les enfants d’ouvriers ou d’employés (qui couvrent pourtant la moitié de la population active française) y occupent une place résiduelle de 12% (écoles d’ingénieurs) et de 8% (écoles de commerce). Le capital social et culturel joue à plein, ce qui explique le fait que ce sont les enfants d’enseignants qui réussissent le mieux à l’école (à Polytechnique un élève sur deux a un parent enseignant). Face à ce bilan, la question de la démocratisation scolaire se pose.

« En contradiction avec nos principes d’égalité », le système scolaire doit ainsi être repensé. C’est pourquoi l’école doit « permettre de corriger les premières inégalités, les plus atroces ». Rendre l’école plus juste est donc une priorité pour lutter contre les « inégalités de destins ».

Aujourd’hui, la France est le pays développé le plus inégalitaire, celui où les résultats à l’école dépendent le plus de l’origine sociale des parents.

L’école, une arme contre le chômage

L’école est « l’un des sujets centraux de notre pays » car le taux de chômage des non diplômés est 3 fois supérieur à celui des diplômés d’études supérieures. Ainsi lorsque l’on a un Bac+2, le taux de chômage est de 6% mais lorsque l’on a juste un brevet ou un CEP, le taux de chômage est de 17%. Par conséquent, le diplôme demeure une arme essentielle dans l’univers professionnel, que ce soit pour entrer sur le marché du travail ou pour progresser ensuite.

Toutefois, nous ne pouvons considérer que la situation est acceptable. L’école est devenue une machine à trier. Elle continue à exclure chaque année 150 000 jeunes.

Une école à repenser

A l’heure de la société du numérique et de « la sortie de l’âge classique du travail », il devient impératif de « former les individus à l’économie de la connaissance et de l’innovation. Or, quand on considère les problèmes de mobilité sociale et économique que nous avons, c’est un problème d’éducation ».

« L’appareil de formation » doit donc « jouer un rôle central » pour mieux s’adapter « à la transformation numérique et environnementale que nous vivons ».

Action

Principes

L’égalité réelle à l’Ecole :

« Le système français a réussi sur le plan éducatif, il a réussi en étant un système de masse qui a amené des classes d’âges entières à l’éducation primaire puis à l’éducation secondaire ». Cependant, « il ne sait pas lutter contre l’échec ». En d’autres termes, « on a démocratisé l’accès à l’école sans démocratiser la réussite dans l’école », comme le souligne l’historien Antoine Prost. Il faut donc « multiplier les occasions d’égalité en agissant très tôt dans la scolarité, au moment où les inégalités sont les moins fortes, c’est-à-dire dès l’école maternelle et l’école primaire ». Par ailleurs, l’école étant le creuset de la Nation, il devient urgent de renouer avec l’égalité réelle, seule à même de maintenir la cohésion sociale.

Une laïcité respectée et respectueuse :

La laïcité à l’école fait encore débat. De l’interdiction des signes religieux « ostensibles » à celle de l’interdiction du voile à l’université prônée par certains, la laïcité est brandie en étendard et devient même « revancharde ».  Comme le rappelle Emmanuel Macron : « La liberté de conscience est totale, l’intransigeance quant au respect des lois de la République, elle, est absolue ». L’école doit être exigeante sur l’application de la laïcité, « celle de 1905, pas celle qui exclut ».

Une vie choisie et non subie :

Le but de l’école ne devrait plus être « de classer, de trier » mais au contraire d’aider les élèves à « s’émanciper et innover ». Pour que la société du choix ne soit pas une fiction pour les enfants, l’école doit leur permettre de les « rendre libres dans le monde de demain, d’acquérir un socle de savoirs, d’apprendre des savoirs, puis de s’émanciper et d’être heureux, et d’avoir peut-être l’idée qui changera notre futur ».

Proposition

Cesser d’uniformiser

« L’investissement fondamental que nous devons faire », propose Emmanuel Macron, c’est « d’offrir un enseignement plus individualisé ». Cela passe par « identifier dès les plus petits âges les pathologies qui empêchent d’apprendre » ou encore par « évaluer les compétences pour pouvoir répondre de manière concrète et individualisée ». L’uniformisation n’est pas la réponse pour s’adapter à l’hétérogénéité des élèves. Par ailleurs, l’enseignement ne devrait plus être « aussi magistral » ni « aussi univoque ». Car l’uniformité n’est pas appropriée au monde d’aujourd’hui dans lequel « les savoirs sont de plus en plus différents, au moment où ce dont notre société a besoin c’est d’individus adaptables et de talents très différents ». N’oublions pas que « les métiers vers lesquels nos enfants iront, nous ne les connaissons pas aujourd’hui ».

Valoriser l’apprentissage

Emmanuel Macron souhaite que l’apprentissage soit placé au cœur des priorités des politiques éducatives. C’est ce qu’il a rappelé lors de son déplacement sur le Campus des métiers de l’entreprise à Bobigny le 05 septembre 2016. En effet, chaque année, des places restent vacantes pour les formations en apprentissage notamment parce que « l’apprentissage n’est pas suffisamment reconnu en France ». Or, « l’apprentissage fait partie des réponses au défi économique et social que nous vivons ». Ainsi, permettre aux jeunes d’accéder au monde du travail en créant leur propre entreprise est un exemple de réussite qu’offre l’apprentissage.

Repenser l’entrée à l’université

Concernant l’entrée dans les études supérieures, des inégalités persistent. « Nous avons réussi la massification de l’accès au baccalauréat mais nous n’avons pas pour autant réussi l’arrivée de tous ces jeunes à l’université ». En effet, aujourd’hui, plus de 86% d’une classe d’âge passe le baccalauréat. Cependant, « des inégalités d’orientation et de sélection » se jouent à l’entrée dans le supérieur. Ainsi, seulement 27% des inscrits en première année de Licence obtiennent leur diplôme trois ans plus tard. L’échec est massif notamment parce que « nous n’avons pas culturellement investi sur l’orientation ». Il apparaît donc nécessaire de « mieux informer » et de « proposer une organisation différente du premier cycle universitaire ».

Offrir davantage d’autonomie aux acteurs de l’éducation

Les situations rencontrées par les acteurs de l’éducation sont différentes selon les territoires. Or, nous savons que les inégalités scolaires sont aussi liées aux inégalités territoriales. Alors, « pour avoir une politique plus efficace, pour pouvoir répondre à la réalité du terrain, il faut donner aussi plus d’autonomie aux professionnels, plus d’autonomie aux enseignants, plus d’autonomie aux directeurs et directrices d’école, pour pouvoir là aussi décider, dans un esprit d’équité, mais (…) de manière pragmatique et sur le terrain, ce qui permet de répondre aux difficultés des enfants, et donc d’avancer ». L’offre scolaire doit être plus diversifiée pour les élèves et permettre aux acteurs de l’éducation de pouvoir « innover, à l’époque d’Internet et du téléphone portable » afin de mieux correspondre aux attentes d’un monde en mutation.

Valoriser la transmission pour bâtir une société pacifiée

Il ne peut pas y avoir innovation ni création « s’il n’y a pas d’abord eu ce temps essentiel de la transmission ». Or, pour que la transmission joue pleinement son rôle et puisse éviter que des enfants « passés par l’école de la République » ne se mettent à « haïr la France, détester ce qu’elle incarne, détester les personnes qui nous entourent, au point de vouloir les détruire », il faut notamment « restaurer le rôle et la dignité des enseignants qui ont pour mission d’apprendre, de faire grandir et d’éduquer » et redonner toute sa place à la culture, véritable arme contre la barbarie.

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