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Donner

Une nouvelle politique de l’offre

« Notre devoir, c’est que la France réussisse dans la mondialisation. Si nos entreprises et notre industrie ont besoin aujourd'hui d'une priorité, c'est bien de l'investissement dans l'appareil productif. »

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Diagnostic

Un appareil productif daté et inadapté aux mutations économiques

Le premier constat lorsqu’on fait l’état de notre appareil productif, c’est qu’il souffre d’un déficit de compétitivité. Cette tendance de long-terme, enclenchée dans les années 1980, se traduit en premier lieu par un retard d’équipement technologique dans nos industries : « nous avons deux fois moins de robots qu’en Italie, cinq fois moins qu’en Allemagne ». A partir des années 1990, on a considéré en France que l’Etat n’avait plus à intervenir dans ses industries pour les orienter et les inciter à innover, en somme « qu’il ne devait plus y avoir de politique industrielle ». La France n’a pas su « moderniser son outil industriel » efficacement, alors que la mondialisation des échanges commerciaux continue de nous imposer un souci permanent d’agilité dans l’adaptation de nos structures productives. Ce déficit de compétitivité découle logiquement d’un manque chronique d’investissement en France, qui n’a pas permis au pays de négocier « dans les années 90 et 2000 le virage de la modernisation de notre appareil productif ».

Cette conjugaison d’analyses industrielles erronées et d’investissements mal ciblés se trouve à l’origine du positionnement sur le milieu de gamme de la production française. Nous sommes passés d’un cycle de rattrapage enclenché après la Seconde Guerre Mondiale, fondé sur des industries lourdes et un Etat interventionniste, à une économie de rupture, d’innovation qui commande davantage de réactivité et un autre positionnement de marché.

Dans une économie mondialisée, un pays comme le nôtre ne peut pas concourir sur du milieu de gamme. Il n’y a pas de raison de rivaliser avec des pays capables de produire des biens équivalents à des coûts de production inférieurs, dans des secteurs traditionnels, alors que nous sommes capables de plus performant.

« Tant d’entreprises ont jugé bon de maintenir parfois un positionnement de milieu de gamme et de ne pas se lancer dans la bataille sur le bon positionnement de marché » regrette Emmanuel Macron. Ces entreprises pâtissent ainsi de marges très faibles et font face à des difficultés économiques fréquentes. Elles ne disposent plus des ressources nécessaires pour se projeter sereinement vers l’avenir, au détriment de l’emploi et de l’innovation.

Une économie européenne intégrée en souffrance de politique économique coordonnée

S’il est certain que le problème est au premier plan national, il s’inscrit désormais dans un cadre démocratique et économique européen. Un peu partout en Europe, à différents degrés, la crise a révélé les insuffisances de ce modèle et la reprise se fait toujours attendre dans la plupart des pays de la zone Euro. Cette Europe, notre Europe souffre de l’absence d’une politique économique guidée et approfondie. Elle fait face à « un manque d’investissements publics et privés », encouragé par « un mix politique qui n’est pas favorable à la croissance ». L’Europe a péché dans ses stratégies de réponse aux chocs économiques depuis 2008 : « On est arrivé à un sous-optimum, puisqu’on a fait effondrer la demande intérieure de l’Europe, on est sorti beaucoup plus lentement que les autres pays, que les autres zones géographiques de la crise ».

L’action des gouvernements nationaux doit composer aujourd’hui avec la réalité du marché européen. Si les solutions autrefois pouvaient être prises individuellement, les gouvernements constatent aujourd’hui l’échec de leurs politiques individuelles pour relancer la croissance : « Il ne s’agit pas de faire une politique de relance tout seul – c’est l’erreur qu’on a faite à chaque fois par le passé ».

 

Activer le levier de la demande pour réanimer l’économie ne marche plus de manière isolée, nos structures commerciales ont changé : en économie ouverte, les relances nationales traditionnelles conduisent à la hausse des importations et profitent donc aux pays étrangers. En dépit de cette donne, au niveau européen aucune avancée majeure n’a permis de faire émerger une politique aussi ambitieuse en matière économique.

Action

Réorienter notre économie vers une offre performante et innovante

Privilégier la compétitivité hors coût.

Pour inscrire la France dans la mondialisation, notre politique économique ne doit pas se donner pour unique objectif la compétitivité-coût. Cette lutte sur les coûts, avec des pays qui n’ont pas les mêmes droits sociaux, ni la même maturité économique, ne représente en aucune mesure une voie d’avenir pour notre économie. La relance de l’économie doit se faire, à l’échelon national, par l’orientation de notre production vers une offre de qualité reposant sur « la compétitivité hors coût, c’est-à-dire la différenciation de la production, la montée en gamme, la qualité, l’innovation ». Seule une politique basée sur la distinction et l’innovation garantira une réelle relance de l’économie, tout en permettant de maintenir et d’améliorer le niveau de vie des français. Pour encourager cette croissance, il convient d’élaborer à échelle nationale un écosystème propice à l’innovation.
Quand on parle de start-ups et d’innovation, il s’agit d’abord d’attirer des financements. Il convient de repenser les incitations systémiques dans l’économie française afin de réorienter le capital vers l’innovation, et, pour ce faire « regarder partout où la réglementation induit des rentes illégitimes, c’est-à-dire des rentes qui ne sont pas des rentes d’innovations mais des rentes de situation ». Traquer les rentes de situation et allouer le capital oisif à l’économie productive, cela permet d’une part de débloquer des fonds pour financer la Recherche et Développement, et, d’autre part, c’est assumer une fiscalité qui récompense la prise de risque, l’esprit d’entreprise, et la création de nouveaux marchés.

Comment faire ? L’assurance du développement de long terme de l’économie française tient à la détention française du capital des entreprises, « sinon la belle affaire, on pourra créer des pépites mais le capital étant ailleurs, nous aurons perdu cette bataille ». Pour ce faire, « il faut ramener le capital de nos épargnants vers le financement de l’économie réelle et beaucoup moins vers le financement de l’obligataire ». S’il faut sensibiliser les Français à ce type d’investissement, de manière concrète il convient de mettre en place des dispositifs fiscaux les y incitant : « il faut préférer par exemple la taxation sur la succession aux impôts de type ISF ». Une autre possibilité pour réorienter l’épargne est de « développer une forme de fonds de pension à la française et adapter le cadre fiscal en conséquence ».

Soutenir des projets innovants

Il convient d’« ouvrir de l’activité, où on peut laisser place à plus d’innovation ». Comment soutenir les projets innovants qui seuls assureront la croissance de demain ? Cette question était au fondement de l’action gouvernementale d’Emmanuel Macron, notamment avec « le CICE et le pacte de responsabilité » qui ont permis d’inverser « une tendance décennale qui était notre perte de compétitivité relative avec l’Allemagne ». Le résultat ne s’est pas fait attendre « nous avons reconstitué deux tiers des marges perdues avant crise ». La promotion d’une offre innovante, labellisée French Tech, a en ligne de mire 2 objectifs. Le premier, industriel, est de soutenir le vivier de start-ups françaises en leur donnant l’opportunité de se consolider au moment charnière de leur développement. Notamment par le biais de commandes publiques ciblées, pour permettre aux PME et à de jeunes entreprises balbutiantes de concrétiser leur potentiel. Nous créons beaucoup d’idées, nous lançons beaucoup de projets, nous devons désormais accompagner la maturation de nos pépites. En même temps, tirer la vitalité de notre formidable écosystème d’innovation et de nos pôles technologiques, c’est parvenir à mettre en interaction l’activité de nos entreprises, grâce notamment au formidable outil qu’est le numérique. Emmanuel Macron, prenant l’exemple de l’attractif bassin technologique normand, précise l’importance d’une offre agrégée : « Il faut maintenant réussir à croiser l’innovation, la création technologique à très haute valeur ajoutée avec les atouts historiques, en particulier le tourisme. »

Développer une cohérence économique et industrielle européenne

Le développement d’une industrie européenne nécessite « une vraie politique européenne industrielle et commerciale ». Une telle politique demande des ressources et donc « une capacité budgétaire commune, c’est-à-dire une capacité à investir ». La mise en place d’un « investissement européen », permettra de faire émerger de nouveaux leaders à l’échelle du continent. Cette donnée continentale est éminemment stratégique, en ce que la taille du marché européen, combinée à notre potentiel technologique, fera de nous les grands gagnants de l’investissement européen. L’élaboration d’une offre nationale performante doit nous permettre de tirer profit cet investissement.
Il y a un vrai choix qui doit être fait, aujourd’hui, pour sortir de l’impasse dans laquelle l’économie européenne se trouve. Celui-ci réside dans un antagonisme simple : l’impossibilité de mener une politique de la demande efficace au plan national et l’absence de moyen d’action au niveau européen.  Il faut aller vers une « vraie additionnalité d’investissements au niveau de la zone euro; sinon, il faut redonner des marges de manœuvre nationale ».

L’efficacité de l’investissement européen est un enjeu de crédibilité, un enjeu crucial pour la santé de nos finances. « Restaurer notre crédibilité, c’est la condition pour déclencher l’investissement au niveau de la zone euro et redonner une vision à celle- ci ». Cela requiert une discipline économique et budgétaire de long terme. Les Etats européens doivent « progressivement habituer notre économie à se déshabituer de la dépense publique », cesser le financement d’un modèle social et industriel non-viable. L’endettement n’est acceptable aujourd’hui que s’il créé la richesse de demain et qu’il s’inscrit dans un projet cohérent. Toujours sur le plan budgétaire, si l’Europe est aujourd’hui fragile dans l’économie mondiale, c’est « parce qu’elle est incomplète sur le plan économique et financier ». En l’absence de politique budgétaire commune, elle est ainsi à la merci des « chocs asymétriques qui fragilisent l’édifice ». Lorsqu’un choc éclate dans telle ou telle zone, en Europe, nous devons bénéficier d’une manne budgétaire pour y pallier. Face à de tels chocs, l’incapacité à répondre de manière efficace, rapide et unanime à une chute de la demande intérieure nous empêche de sortir de la tourmente. La question économique est inextricablement liée au projet politique européen : « c’est le sujet de la solidarité qui nous a été posé au moment de la crise grecque, c’est le sujet de la solidarité qui nous est posé aujourd’hui et c’est notre mission historique ».

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